LE FILM LE PASSÉ AVEC TAHAR RAHIM FAIT PLEURER LA CROISETTE

Posté le : 18 mai 2013

hamidi

Par Notre envoyé spécial à Cannes Adel MEHDI

Quand vous prenez l’acteur principal de Un Prophète, Tahar Rahim, l’héroïne de The Artist Bérénice Bejo, et le comédien iranien du film La Dernière marche de Leila Hatami, Ali Mosaffa et vous les mettez sous la direction de l’Oscarisé, Asghar Farhadi, ça vous donne un grand film dramatique Le Passé est en compétition dans cette 66e édition du Festival de Cannes. Comment un réalisateur perse «iranise» le cinéma français? Le pari des producteurs français est réussi.
Le cinéma n’a pas de frontières et surtout pas de barrières linguistiques. Les différentes tentatives de récupérer des cinéastes iraniens n’ont pas abouti à l’image de Abbas Kiarostami avec son film Copie conforme en 2010, avec comme comédienne principale, Juliette Binoche. Avec le film Le Passé, le producteur français Alexandre Mallet-Guy peut d’ores et déjà, se frotter les mains. Son film a fait sensation sur la Croisette et selon le «palmomètre», il risque d’être sur le podium. Il fait dire que le dernier film de Asghar Farhadi est un saphir qu’il est impossible de dérober à Cannes! Et pourtant, le scénario est des plus banals, pas d’effets spéciaux, pas de musique de John Williams pour installer l’ambiance et encore moins de maquilleuse pour adoucir les visages des comédiens! C’est en lumière douce que Asghar Farhadi a débuté son film. Une histoire de divorce encore pour l’auteur de La Séparation, mais avec un décor différent de Téhéran: La banlieue française, avec un Iranien qui vient officialiser le divorce, une Française qui collectionne les relations conjugales et un mari maghrébin sur le point de perdre sa femme. Un tourbillon dramatique et social dans lequel le réalisateur iranien a su bien négocier la mise en scène de son oeuvre. Mais ce film n’aurait pas été parfait sans l’apport majestueux des comédiens du film. C’est d’ailleurs comme tous les grands cinéastes, qu’Asghar Farhadi a su téléporter son univers avec lui dans un univers occidental et européen. Peu importe les lieux, les endroits, ce qui compte pour le réalisateur, c’est la capacité intérieure des êtres humains et ce qu’il peut dégager de leurs entrailles. Et à ce jeu, le réalisateur iranien a déjà remporté à nos yeux la Palme de la direction d’acteur!
Le passé est avant tout une banale et simple histoire de divorce qui se transforme en véritable labyrinthe des sentiments. Ahmad, un Iranien (magnifiquement joué par Ali Mosaffa) débarque en France à Sevran pour officialiser le divorce avec sa femme avec laquelle il a vécu en France, cinq années auparavant: ceci joué avec justesse et force par Bérénice Bejo qui veut refaire sa vie avec un homme qu’elle croit être le bon, après deux mariages ratés. Ce dernier, interprété par Tahar Rahim toujours avec les yeux brillants sans larmes est toujours marié à une autre, plongée dans le coma à la suite d’une tentative de suicide. Cet épisode d’une vie française va se mêler au choc des cultures de trois société différentes: La société française, toujours ouverte et en perpétuelle recherche d’identité. La société iranienne, toujours aussi civilisée et conservatrice et enfin la société maghrébine, toujours aussi mal intégrée. Avec ce film, le réalisateur nous explique ce que tous les cinéastes français associés n’ont pu comprendre et transposer dans leurs différents films.
Le film est un perpétuel va-et-vient entre les personnages, chacun sa force, son secret, sa faiblesse et son émotion. Chaque regard est scruté et décrypté avec finesse et intelligence par le réalisateur. La force d’Asghar Farhadi est de filmer les silences et surtout les regards jetés comme des répliques sans syllabes. La scène la plus émouvante est sans doute celle de la remise des cadeaux, où deux enfants deviennent les jouets de tensions adultes qui les dépassent. Ou encore le décryptage de la symbolique du pardon chez les personnages principaux du film: Celle du pardon entre la mère et sa fille, ou celle du petit garçon Fouad sur le quai du métro (grande découverte du film) qui, avec les yeux tristes et abattus, interroge son père sur sa mère. Enfin la scène finale, où Samir (Tahar Rahim) retrouve sa femme dans le coma sur un lit d’hôpital, on découvre avec la caméra en balade le plus beau geste d’amour qu’un homme peut offrir à une femme mourante. Deux heures d’émotion où les larmes sont bloquées par le coeur serré. Après le succès planétaire d’Une Séparation, Asghar Farhadi a démontré une nouvelle fois, avec ce film qu’il a atteint le sommet de son art et de son cinéma et a démontré surtout qu’il est bien le cinéaste iranien le plus en forme et le plus universel du moment.

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